30/01/2011 : Taxation de la résidence principale : réactions des professionnels de l'immobilier
« Fausse bonne idée », « proposition incohérente », « non-sens » : les critiques se sont multipliées dans le secteur immobilier après la proposition la semaine dernière du député UMP Jérôme Chartier visant à taxer les plus-values sur la revente de la résidence principale, à partir d'un seuil de prix de vente de 1,2 million d'euros. Une proposition dont l'inspirateur direct n'était autre que le président Nicolas Sarkozy, qui avait lancé l'idée également la semaine dernière.
Elle intervient alors que le gouvernement a lancé une réflexion sur le « nouvel impôt » sur les plus-values et les revenus du patrimoine, censé remplacer l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF).
Les arguments avancés par plusieurs acteurs du secteur contre la mesure proposée par M. Chartier touchent en premier lieu à l'impact qu'elle aurait sur les ventes et les prix.
« Si jamais il y avait taxation des plus-values, à coup sûr, les vendeurs essaieraient de l'intégrer dans leur prix de vente », ce qui constituerait un facteur supplémentaire de blocage des transactions puisque les prix sont déjà à un niveau préoccupante, a déclaré à l'AFP Bernard Cadeau, président du réseau d'agences immobilières Orpi.
Un autre réseau d'agents immobiliers, Century 21, a quant à lui mis en garde contre « une fausse bonne idée » qui risque de « mettre un frein à la fluidité du marché et ainsi d'aggraver la pénurie de logement ».
Montée aussi au créneau, la Fédération nationale de l'immobilier (Fnaim) a également dit redouter qu'une « frilosité des candidats à l'accession entraîne une pénurie de l'offre de logements locatifs et, de facto, une hausse des prix des loyers des logements ».
« Les impacts d'une telle taxation peuvent être lourds de conséquence sur l'économie », selon la Fnaim, qui réclame que son impact soit « précisément mesuré ».
Inquiétude partagée du côté des promoteurs immobiliers : Guy Nafilyan, PDG du promoteur Kaufman & Broad, s'est élevé vendredi contre « une très mauvaise idée » qui traduit « une méconnaissance totale des mécanismes de l'immobilier », la qualifiant de « non-sens ».
Pour lui, les conséquences en seraient « un ralentissement du marché de deuxième acheteur, plus (du tout) de mobilité et une augmentation du prix de vente ».
En outre, aux yeux de nombreux professionnels, une telle mesure heurterait de plein fouet l'objectif affiché par le président de la République et son gouvernement de favoriser l'avènement d'une « France des propriétaires ».
Cet objectif a été réaffirmé le 17 janvier par le Premier ministre François Fillon, qui lançait alors officiellement le nouveau prêt à taux zéro (PTZ+).
« Les Français sont minoritairement propriétaires de leur résidence principale, par rapport aux Européens -56-57% contre 68% », a noté M. Cadeau, pour lequel « si on veut une France de propriétaires, il ne faut pas dégoûter les gens d'être propriétaire ».
Reprenant un argument développé par le ministre du Budget François Baroin, Century 21 s'est aussi inquiété de l'impact d'une telle mesure sur l'emploi : elle « viendrait mettre un frein à la mobilité professionnelle et géographique, avec les conséquences que l'on connaît sur la recherche d'emploi ».
Le patrimoine des Français, composé à 60 % d'immobilier, a vu sa valeur doubler en dix ans grâce à la hausse des prix de la pierre, atteignant en 2009 10.000 milliards d'euros, selon une étude de Bercy.
Ouest france 25/01/2011